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mardi , septembre 21 2021

Rupture Algérie-Maroc : « C’est inquiétant de voir que l’Union Africaine ne se prononce pas… », Morgan Metondji Assogba

Suite logique de l’escalade des tensions, les autorités algériennes ont rompu unilatéralement leur coopération diplomatique avec le royaume chérifien. Une décision qui traduit le ras-le-bol d’Alger face à ce qu’il qualifie d’actes hostiles répétés du Maroc à son endroit. La rédaction s’est rapprochée de Morgan Metondji Assogba, Analyste Géopolitique et Consultant en Relations Internationales pour aborder les tenants et les possibles aboutissants de cette rivalité historique entre ces deux poids lourds du Maghreb. 

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La Primeur : Bonjour Monsieur Assogba ! Pouvez-vous nous situer l’origine de cette rivalité historique entre ces deux géants de l’Afrique du Nord ?

Pour parler de l’origine, j’ai envie de remonter à très loin. Pourquoi ? Parce que s’il s’agit de tracer l’origine de la rivalité entre le Maroc et l’Algérie, il faut remonter dans l’histoire. Et je pense que pour ce qui nous concerne ici, c’est beaucoup plus le moment où les frictions ont commencé à prendre de plus en plus corps. L’un des facteurs ou des éléments qui a marqué ces moments de frictions assez intenses est bel et bien la question concernant le Sahara Occidental. Une question qu’on situe dans l’année 1963 où il s’est semblé avéré que l’Algérie soutenait ce mouvement qui contestait l’autorité du Maroc sur cette partie du Sahara et qui jusqu’à ce jour continue de faire objet de discorde. Mais cela ne s’est pas arrêté à cette question. Il y a eu pleins d’autres circonstances qui ont favorisé une matérialisation concrète de cette rivalité. Mais toute suite, je vous dirai que c’est cette situation majeure du Sahara qui constitue le nœud de la pomme de discorde. Toutefois, il faut rappeler que les développements récents que nous avons observés partent d’un ensemble de facteurs dont celui qui semble le plus pertinent est relatif aux incendies en Algérie. L’Algérie qui accuse le Maroc d’avoir soutenu les personnes présumées auteurs des incendies meurtriers dans le pays. Voilà un peu ce qu’il en ait du conflit. L’origine de façon historique, il faudrait consulter les historiens. Mais de façon conflictuelle et matérielle, on remonte effectivement en 1963 avec le différend à propos du Sahara Occidental.

L’Algérie s’est opposé au Mouvement d’autodétermination de la Kabylie et accuse le Maroc de soutenir ses acteurs. Dans le même temps, il soutient le Front Polisario, le mouvement d’autodétermination du Sahara Occidental aux dépens des revendications du Maroc sur ce territoire. Pourrait-on évoquer là une contradiction dans la politique algérienne ?

C’est possible de faire cette lecture. Mais de façon factuelle il serait plus ou moins difficile puisque le cas du Sahara occident n’est pas pareil à celui de la Kabylie en Algérie. Au niveau du Sahara Occidental, il y a une situation qui est née dès le début de ce qu’on peut considérer comme étant l’État sous sa nouvelle forme. C’est une région sur laquelle le Maroc exerçait entre-temps une certaine autorité, mais à un moment donné, c’est-à-dire en 1963 et bien avant, ce peuple  a fait preuve de ce qu’on appelle le « Self-determination Right » (le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes) NDLR. Ce principe a même été utilisé pour traiter de cette question. Alain Mazurié a fait des recherches et a beaucoup écrit concernant ce cas. Lorsque vous lisez Alain Mazurié, vous comprenez qu’il a réellement et effectivement un problème crucial au niveau du Sahara Occidental. Les allégations mettant en relief le soutien de l’Algérie aux peuples sahraouis sont plus ou moins appréciables. Cela pourrait être compréhensible puisque les États ont la latitude de choisir ceux qu’ils soutiendraient comme partenaires ou comme gouvernements dont ils reconnaissent l’existence. Il faut toutefois préciser que le Sahara Occidental n’est pas encore considéré comme un État. Par contre, quand vous prenez le cas du mouvement en Kabylie, il s’agit d’un groupe qui a longtemps bénéficié de ce qu’on pourrait appeler l’identité institutionnelle de l’Algérie et qui décide d’emprunter le chemin de sécession. Il n’y a donc pas matière à relever une contradiction entre la politique de l’Algérie au Sahara Occidental, qui n’est pas forcément une politique sécessionniste, et son opposition au mouvement d’autodétermination en Kabylie.

Quelles sont les implications de cette rupture des relations bilatérales entre Alger et Rabat ?

C’est beaucoup plus symbolique pour l’Algérie. Symbolique dans le sens de vouloir marquer son positionnement face à des situations données. Nous parlons bien entendu de la situation au Sahara Occidental, des incendies en Kabylie, mais aussi du mouvement sécessionniste. Et donc l’Algérie a estimé qu’il fallait envoyer un message fort au Maroc.  Si vous le constatez bien, le Maroc n’est pas forcément dans cette même dynamique. Les autorités marocaines essaient de jouer la carte de l’apaisement, car elles ont beaucoup plus de raisons de ne pas s’enflammer. Techniquement, les implications sont d’abord diplomatiques. Ensuite, vous avez les implications d’ordre  politique surtout pour l’Algérie qui traverse une période assez mouvementée. À tous ceux-ci s’ajoutent les implications d’ordre économique avec les échanges commerciaux entre les deux pays qui vont prendre un coup même si les relations consulaires sont maintenues. Aussi, il faut considérer l’impact social de cette décision sur les ressortissants d’Algérie résidant au Maroc et inversement qui vont se voir privés d’un certain nombre de services souvent assez nécessaires pour le mouvement libre des personnes et des biens.

« L’Algérie traverse une période assez mouvementée ». Du côté du Maroc, la presse locale présente la décision des autorités algériennes comme un moyen de détourner l’attention des Algériens des échecs internes et externes de leur gouvernement. Est-ce que cela voudrait signifier que Rabat n’y ait pour rien dans les toutes récentes escalades de tensions avec Alger ?

Cela ferait croire que le gouvernement algérien n’est pas sérieux ou professionnel. Ce qui est loin d’être le cas. Certainement, l’ensemble des services de renseignements, de sécurité de l’Algérie ont trouvé des éléments qui permettent de relier ce qui se passe sur leur territoire au Maroc. Est-ce que ces éléments sont pertinents ? Est-ce qu’ils méritent qu’on y accorde autant de valeur jusqu’à conduire à la rupture des relations diplomatiques ? Je ne saurais le dire. Mais ce dont je suis persuadé est que la prise d’une telle décision ne se fait pas sur un coup de tête. Une rupture des relations diplomatiques intervient après analyse d’un ensemble de facteurs. Et en ma qualité, je veux bien croire que le gouvernement algérien a eu de la matière qui l’a conduit à décider de rompre ses relations diplomatiques avec le Maroc. Quoi qu’on dise, Rabat doit certainement avoir une part de responsabilité dans tous ces griefs que l’Algérie porte contre lui.

Quels sont les possibles retombées de cette rupture sur l’Union du Maghreb Arabe (UMA) ?

Déjà, je dirais que l’UMA à des difficultés, des difficultés assez lourdes qui l’empêchent de fonctionner comme elle le devrait, au maximum de ses capacités. Lorsqu’on fait le tour des États d’Afrique du Nord et même dans les autres régions d’Afrique, pour parler en termes du PIB, l’Algérie et le Maroc occupent une place de choix dans le classement des pays développés sur le continent. Mais nous nous rendons compte que l’UMA ne fait pas partie des meilleurs en matière de fonctionnements et de productivité sur le continent africain. C’est comme si vous avez une équipe de football composée de Stars, qui n’arrive pas à se retrouver en finale ou dans les meilleurs classements. C’est un peu le problème de l’UMA. Un problème d’esprit d’équipe, de travail coordonné. Et vous avez là des États qui ont la particularité d’être assez strictes sur un ensemble de règles de leadership ayant généralement un lien avec les principes religieux. Cela fait partie de l’aspect culturel des États de cette région de l’Afrique où les concessions sont difficiles. Dans la situation actuelle, les autres États de l’Union (Tunisie, Mauritanie et Libye) vont chercher d’une façon ou d’une autre à s’aligner soit d’un côté, soit d’un autre. Que cela se fasse de façon expresse ou tacite, on assistera encore à une nouvelle paralysie du fonctionnement et du processus d’intégration au Maghreb. Et là nous allons souhaiter que les relations diplomatiques se rétablissent le plus vite possible, autrement, ce serait fatal pour l’UMA.

La France appelle les autorités d’Alger et de Rabat au dialogue. Quel intérêt ?

En parlant de la France, il y a le passé historique avec ces deux pays. La France a intérêt à s’occuper des affaires de l’Algérie parce qu’une situation de crise de cette envergure ne l’arrange pas. Pareil du côté du Maroc avec lequel la France entretient des relations spécifiques. Et donc, elle ne peut laisser ses intérêts menacés.  Plus loin, il y a la question de la Libye qui est un facteur très important et nous connaissons le rôle qu’a joué et continue de jouer la France dans ce pays. Plus loin encore, il y a la problématique du terrorisme dans le sahel. C’est un ensemble de facteurs  qui ne laissent pas indifférente la France. Dans son attitude et selon les circonstances, elle pourrait prendre l’initiative d’amener ces deux États à la table de négociation et selon le cas, jouer un rôle de conciliateur.

Votre mot de fin

La question du Maghreb est une question qui devrait concerner l’ensemble de la communauté internationale, mais surtout les acteurs du continent africain. C’est inquiétant de voir que l’Union Africaine ne se prononce pas clairement par rapport à cette crise qui semble avoir l’air de rien, mais qui pourrait, si d’aventure les motifs évoqués de part et d’autres ne sont pas traités avec délicatesse et rapidité, avoir une implication au-delà de toute perception.

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Propos recueillis par Jean-Claude HOUESSOU (Stag)

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